Agression

Publié le par Manus

Je suis facteur. Ben faites pas cette tête. Ca arrive.

J'étais en train de donner le courrier quand un jeune homme d'une trentaine d'années (oui, 30 ans c'est toujours jeune), m'accoste:

"Bonjour, ami facteur, messager des temps modernes, charrieur de nouvelles, coursier au service de l'information, aurais-tu par hasard, une cigarette chargé de nicotine, une sèche pour étancher mon manque, une cibiche de bonheur roulé?"

Alors premièrement, j'aime pas qu'on me parle mal. Bah oui, le mec y se trouve malin à balancer plein de trucs que je pige pas tout de suite. C'est pas super respectueux. D'ailleurs vous avez sûrement remarqué, quand on parle étranger à côté de vous (dans mon cas, l'étranger c'est du français soutenu), vous avez pas l'impression qu'on se moque de vous?

Deuxièmement, qu'est ce qui lui fait croire que je fume? Mes dents jaunes pourries? Le fait que je sente la cigarette froide? La faucheuse qui se tient derrière moi, prête à couper le fil de ma vie dans une dernière quinte de toux glaireuse? La clope que j'ai au bec (oui je fume comme un canard)?

Et troisièmement, j'aime pas qu'on me tutoie.

Je le toise donc, méfiant, pendant quelques secondes, le temps de prendre la mesure de mon agresseur et profitant aussi pour passer en revue mes meilleures réparties cinglantes pour lui répondre d'un ton qui se veut sans appel:

 "Non".

Ahah! Mouché le petit!

"Très bien, merci quand même"

Et je ne peux m'empêcher de rétorquer, un peu effrayé face à la menace qui pèse sur moi:

"A moins, que vous (oui je le vouvoie) ne décidiez de porter atteinte à mon intégrité physique? Dans ce cas je me verrais contraint de vous remettre les cigarettes que j'ai en ma possession. Je ne désire pas d'ennui, ne me faites pas de mal."

"Ce ne sera pas nécessaire."

Et il avait raison. Tel un jedi (prononcez "Djédaille"), il m'avait convaincu de lui remettre, sans coup férir, le précieux paquet qu'il daigna accepter, presque à contre coeur, comme s'il avait l'impression de me forcer... Il repartit sans un regard en arrière, me laissant penaud.

Les rues ne sont plus sûres.
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